dimanche, juin 10 2012

SSTIC 2012 completed

Et voilà, le SSTIC 2012 c'est fini depuis hier soir. Cette année nous avons eu droit à quelques conférences mémorables et à plusieurs évènements retentissants à tout niveau de l'actualité. Ci-dessous ce que je retiendrait :

SSTIC 2012 - miasm presentation by F.DESCLAUX - Creative Common by Ozwald

Jour 1

20 years of Pax : Pour débuter le SSTIC on attaque sur les chapeaux de roues avec une présentation en anglais par un speaker de prestige sur un sujet d'un haut niveau technique. Globalement sympa mais, perso, je dirai "sans plus" à caude de l'équation suivante : (speaker qui ne parle pas dans le micro + place au fond de l'amphi) + anglais + contenu très technique que je ne maitrise pas = pas tout suivi :-/

SSL/TLS: état des lieux et recommandations par Olivier Levillain : Conf sympathique (sans plus) qui fait un état des lieux sur SSL/TLS (comment c'est déployé, quelles options existent, quelles sont les différentes versions, etc.). Pas grand chose à apprendre mais une jolie remise à niveau quand même. Il parait que le papier (le plus gros de cette année avec plus de 40 pages) contient beaucoup plus d'informations sur les attaques possibles sur SSL/TLS (volet assez absent de la présentation). A relire à tête reposée donc :)

Netzob : un outil pour la rétro-conception de protocoles de communication par Frédéric Guihery, Georges Bossert, et Guillaume Hiet (absent à la présentation :( ) : La conf débute par le constat qu'à l'heure actuelle l'ingénierie inverse de protocoles de communication est pénible et manuelle, puis elle enchaine sur la présentation de l'outil "netzob" qui est censé faciliter la démarche. L'outil a l'air assez stable et donne bien envie d'être testé si l'occasion se présente. Pour la forme de la conf : Les slides étaient amusant mais la conf manquait peut-être un peu de rythme et en tout cas, 3 jours plus tard, elle me laisse un peu le même sentiment que la conf précédente : sympa (mais sans plus).

Sécurité de RDP par Arnaud EBALARD, Aurélien Bordes et Raphaël Rigo : J'attendais cette conférence qui ne m'a pas (trop) déçu. Comme pour SSL/TLS c'était une bonne remise à niveau sur l'état de l'art RDP. Il y avait un peu plus d'informations sur les attaques (ce qui n'est pas plus mal), par contre le symptome ANSSI était bien présent : les outils présentés lors de la conf ne sont pas disponibles.

WinRT par Kévin Szkudlapski et Sébastien Renaud : Les speakers ont présenté les fonctionnalité du runtime "WinRT" présent dans windows 8 et qui est à la base des applications compatibles avec la nouvelle interface graphique Metro. Intéressant si on veut développer des applications pour "Metro" mais à part ça...

L'information, capital immatériel de l'entreprise par garance mathias : c'était, là encore, une conférence que j'attendais de pied ferme (tout en conservant une petite crainte) et le verdict est sans appel : j'aurai préféré être ailleurs qu'à cette conférence. Le message de fond (celui que j'ai retenu en tout cas) n'a rien de nouveau et pourrait se résumer ainsi : "le droit français a des décennies de retard sur l'évolution technologique du monde et il n'y a actuellement pas de texte pour traiter proprement les problématiques liés à l'information, donc en cas de litige c'est le magistrat qui décide". Mais le plus ch*ant n'est pas tant qu'on n'avait pas grand chose à retirer de cette conférence, c'était plutôt la forme : élocution lente, pas de référence pratique, et un déploiement outrancier de techniques rhétoriques grosses comme des maisons (on a eu droit à une dizaine de "vous le savez bien", "vous l'avez compris", "vous en êtes bien conscient", et à une vingtaines de questions rhétoriques bidons dont le seul but semblait être de ralentir la présentation plutôt que d'introduire le paragraphe[1] suivant). Bref : pas aimé.

Audit des permissions en environnement Active Directory par Géraud De Drouas et Pierre Capillon : Plusieurs idées très intéressantes dans cette présentation qui se penche sur l'audit offline des permissions qu'ont les objets d'un Active Directory afin de détecter une éventuelle compromission. On a droit à plusieurs exemples concret d'audits des permissions des utilisateurs dans un AD de taille "professionnelle", c'est sympa et pleins d'astuces. Petit bémol : passé la première moitié de la conférence les speakers ne présentaient quasiment plus que l'interface graphique de leur outil d'audit mais, syndrome ANSSI oblige, l'outil n'est pas disponible :-/

Windows 8 et la sécurité : un aperçu des nouvelles fonctionnalités par Bernard Ourghanlian : Présentation commerciale des fonctionnalités de sécurité de Windows 8. Pour tenter de résumer à l'arrache : boot sécurisé, TPM à gogo, et "carte à puce virtuelle" (celle là fait bien réver...). Ce qu'il faut retenir c'est surtout deux réponses aux questions de fin de conférences : "oui, un ordinateur certifié compatible Windows 8 pourra tout de même booter sur un autre OS malgré le boot sécurisé de bout en bout", et "faire tourner énormément de code pré-boot (anti-malware, longue chaine de boot sécurisé, etc.) dans un contexte ultra-privilégié (ce qui pourrait sembler à l'opposé de toutes les bonnes pratiques en terme de sécurité) ne pose pas de problème à Microsoft parce qu'il peuvent/vont prouver ce code mathématiquement"[2].

10 ans de SSTIC : très agréable présentation revenant sur l'histoire du SSTIC, sur les anecdotes les plus marquantes, les speakers les plus présents, etc.


Jour 2

Compromission d'une application bancaire JavaCard par attaque logicielle par Julien Lancia : Retour du speaker un an plus tard sur le même domaine mais avec une présentation bien différente. L'auteur explique cette année comment, en ayant les clefs permettant d'uploader du Java sur une Javacard bancaire, il est parvenu à totalement compromettre l'application bancaire présente de base. Très jolie présentation, même si les conditions de réalisation des attaques les rendent actuellement hautement délicate à mettre en oeuvre IRL. Petite remarque perso : ça me fait plaisir de voir, en 2012, que le monde Java se prend des vulnérabilité du type "j'accède à la mémoire au delà des limites normale de mon tableau et je l'écrase" <humour>et PAN dans tes dents langage pourri soit disant ultra-secure et portable :p</humour>.

IronHide: Plate-forme d'attaques par entrées-sorties par Fernand LONE SANG, Vincent Nicomette, et Yves Deswarte : Encore des revenants pour cette conférence. Ils présentent ici une plateforme matérielle permettant de lire et envoyer des trames PCI Express arbitraires (keylogger à la clef par exemple). Quelques vidéos de démonstrations d'attaques réelles. On est dans de l'étude de laboratoire, mais c'est sympa quand même, les speakers sont agréables à écouter, et les perspectives sont vastes :)

La qualité d'hébergeur en 2012 par Romain Beeckman : Comme quoi on pouvait faire une conférence orienté juridique au SSTIC 2012 sans être chiant. Le directeur juridique d'OVH explique clairement la notion "d'hébergeur" dans la Loi actuelle ainsi que les évolutions passées et potentiellement à venir de cette notion. On a des anecdotes concrètes démontrant bien les différents cas (hébergement mutualisé, dédibox, etc.) et un rythme normal sans artifice oratoire ou tour de manche. Bref : conf très agréable où aucune questions n'a été esquivée, que celà soit sur Megaupload ou sur Wikileaks.

Résultats du challenge par Axel Tillequin, Fabien Perigaud, et Florent Marceau (concepteurs du challenge) puis Julien Perrot (vainqueur du classement qualité) : Enorme claque. Forcément j'avais discutté du challenge avec quelques amis qui s'étaient penchés dessus avant cette conf et je savais donc un peu comment le challenge démarrait (réparation d'une partition ext, reverse d'un binaire elf/MIPS et analyse d'un algo dérivé de DES contenu dedans). Ce niveau d'avancement du challenge (que les gens avec qui j'avais discutté avaient mis entre une semaine et un mois à atteindre) a été dépassé en "un jour, un jour et demi" par le vainqueur (le reste lui ayant pris plus de deux semaines :D ). Je ne vais pas rentrer dans les détails que vous trouverez bien mieux expliqués sur le wiki du SSTIC mais, en gros, ça se termine par le flash du firmware d'une webcam USB pour faire tourner une VM sur son chipset CY16 afin de bruteforcer des softs embarqués dans l'efl/MIPS ce qui permet, finalement, de récupérer des bouts de clefs de chiffrement :-D Bref, pour citer Wayne's World, voilà à quoi quoi ça m'a fait penser d'être dans le même amphi que ces 4 personnes : "On mérite pas ! On est tout p'tits ! On est à chier !"

Présentation courte 1 Anthony Desnos présente deux outils (Elsim et Androguard) qui lui permettent, par mesure de similarité, d'identifier des reprises de code entre applications Android. Entre autres choses celà lui permet d'identifier les librairies de pub qu'on retrouve dans les jeux android. C'est amusant, ça semble efficace, et ça fait bien mal en mettant sous les yeux qu'on télécharge en très grandes quantité de la pub quand on télécharge certains jeux (de mémoire : plus d'un tiers du code d'Angry Bird c'est de la librairie publicitaire). Présentation vraiment agréable à suivre mais je soupçonne quand même l'auteur de nous avoir crapulé[3] sur des petits détails. En effet les résultats bruts de ses mesures de similarité ressemblent à ça : "Dans tel jeu on retrouve 80% du code de cette librairie de pub, 20% de telle autre librairie de pub, et 90% de cette troisième" or l'auteur nous présente ensuite, sans transition, le découpage de jeux en pourcentage de code "propre", de code provenant de librairies de pub, et de code provenant d'autres librairies. Le "crapulage" c'est que ces dernières mesures ne peuvent être que des estimations issues de décisions arbitraires type "on retrouve 79% du code de cette librairie de pub, donc on va dire qu'elle est présente et pèse environ autant que si je la télécharge seule; on retrouve 33% du code de cette autre librairie de pub, on va donc supposer qu'elle n'est pas présente", du coup le découpage présenté au final n'est qu'issu d'une estimation dont la recette n'a pas été expliquée. M'enfin je chipote ^_^

Présentation courte 2 Davide Canali présente un projet de honeypot web grande échelle. Ils ont achetés 100 noms de domaine, ont créé 5 sous-domaine pour chacun, et mis à disposition à ces 500 urls plusieurs CMS vulnérables et webshells, ensuite ils monitorent le comportement des attaques :) Ils ont actuellement générés plus de 10Go de données, mais leur analyse est en cours. Bon teaser donc, mais rien à se mettre sous la dent tant que l'analyse n'a pas été faite :-(

Présentation courte 3 Pierre Karpman parle de durcissement de programmes C avec SIDAN. Perso j'ai eu un peu de mal à suivre la présentation et à comprendre ce que voulait faire l'auteur...de ce que j'ai suivi il instrumente du code C pour rajouter des vérification d'invariant entre un appel de fonction et son retour (pour détecter d'éventuelles attaques s'étant déroulée dans l'appel et ayant modifié des bouts de mémoire imprévu); m'enfin ça ne m'a pas plus convaincu que ça. J'espère qu'il y aura un petit papier publié pour que je relise tranquillement ce qu'il voulait faire.

Contrôle d’accès mandataire pour Windows 7 par Christian Toinard, Damien Gros et Jérémy Briffaut : En résumé des 20~30 premières minutes "on tente de porter SELinux sur Windows 7 (mais on n'y arrive pas totalement)". Devant une telle déviance j'ai décroché ^_^

Expert judiciaire en informatique par Zythom : S'étant fait pwner le matin même son blog, et son compte twitter ( + on soupçonnait à ce moment là que le compte mail y était passé aussi) Zythom fait tout de même sa présentation, chapeau ! D'ailleurs il n'y avait pas à s'y tromper : c'est avant qu'il ne commence sa conférence qu'est parti le premier tonnerre d'applaudissement unanime de la salle. Pour le contenu on a eu droit à une petite explication de son piratage puis à la conférence telle qu'elle avait été prévue initialement. Ca parle des sujets qu'on retrouve sur le blog, mais en live : Qu'est ce qu'un expert judiciaire, comment on le devient, comment on le reste, quelques exemples de missions et des contextes dans lesquels elles se déroulent. On a également eu le droit à une liste des outils qu'il utilise, le tout ponctué de nombreux traits d'humour tout au long de la conf dispensée avec beaucoup d'humilité. Bref : conférence très agréable, et plus qu'impressionante quand on considère le contexte ! Monsieur Zythom vous avez tout mon respect[4]

Forensics iOS par Jean Sigwald et Jean-Baptiste Bédrune : On commence par un panorama complet des méthodes d'acquisition d'un dump mémoire d'un iOS avec leurs avantages et inconvénients respectifs (nécessité du code pin ou non, modification de la mémoire lors du dump ou non, etc.) puis on enchaine avec l'utilisation du chiffrement omniprésent dans iOS. Impression d'un prophane : c'est touffu et ça chiffre de partout mais les bougres arrivent quand même à déchiffrer tout ce qu'ils veulent étape par étape. Présentation d'un haut niveau technique, sur un sujet complexe, avec une démo, et réalisée par des spécialites du domaine, mais j'ai trouvé que c'était quand même un poil difficile à digérer.

Rump session : Super passage que ces rumps sessions ! On a eu du très très très bon mais également le petit plaisir sadique d'applaudir un présentateur plus de 30s avant la fin théorique de son temps[5]. Dans les mémorables on a Biondi qui, lui, a explosé son compteur de temps en présentant les pipes dans scappy et qui s'offre un magnifique "c'est dans scappy depuis un an" lorsqu'un membre de l'assistance lui demande si c'est disponible :D


Jour 3

Source Address Validation Improvements (SAVI) par Jean-Michel Combes et Maryline Laurent : je l'ai raté, social event oblige ^_^

Utilisation malveillante des suivis de connexions par Eric Leblond : Très bonne présentation de l'implémentation du suivi de connexions dans netfilter (permettant de gérer "proprement" les protocoles ouvrant dynamiquement d'autres canaux de communication, type FTP, IRC, ou SIP). Et le plat de résistance : un outil qui permet d'abuser ces fonctions pour ouvrir des trous dans les implémentations vulnérables (sous réserve que vous partagiez sur le même réseau ethernet que le FW cible, que le FW cible soit vulnérable, et que le serveur ciblé propose légitimement un protocol adéquat via le FW). Je reste impressionné que de tels bugs existent encore en 2012, mais c'est comme ça :) La présentation était en tout cas très bien, et l'auteur se paie le luxe de commiter son outil en live pour anticiper la question "est-ce-que le code est disponible ?", joli show :) !

Influence des bonnes pratiques sur les incidents BGP par Francois Contat, Guillaume Valadon et Sarah Nataf : Présentation à trois voix très bien menées pour ceux qui, comme moi, n'y connaissent rien en BGP. On nous explique ce que c'est, comment c'est utilisé pour soutenir internet entre les "grand acteurs de routage" possédant leur AS, quelles sont les bonnes pratiques, et comment ces bonnes pratiques répondent (ou auraient pu répondre) à des incidents (exemples concrets et réels à l'appui). Décidément cette troisième journée commence par deux très bonnes présentations, c'est bien parti pour être la meilleure journée du SSTIC :) !

Présentation courte 1 Clément Lecigne présente netusse. C'est un outil de fuzzing des implémentation socket ayant pour but de débusquer du 0day kernel. Le tool a commencé il y a plusieurs années lors d'un Google Summer of Code puis Clément l'a poursuivi. Après avoir présenté l'outil on passe à la dissection d'un bug kernel découvert sur FreeBSD puis sur l'impressionante explication du code d'exploitation. C'est d'un très haut niveau pourtant le speaker donne l'impression d'être aussi à l'aise que s'il était en train de faire une rump expliquant la recette de la pate à crèpe o_O ! En espérant le revoir en présentation longue l'an prochain :) !

Présentation courte 2 Étienne Millon nous parle de sa passion : l'analyse statique de code. Présentation vraiment sympa et qui s'enchainait bien avec la précédente. Clairement il y a des limitations à son outil qui demande encore pas mal d'aide manuelle, mais ça fonctionne et ça trouve du bug.

Présentation courte 3 Ronan Mouchoux nous parle de détection de nom de domaine "bizarre". Le concept de base c'est qu'un botnet doit contacter son C&C et que, souvent, les noms de domaine utilisés par les botnet sautent aux yeux des humains comme n'étant "pas normal" ("asbguocezbgiudzeujopnryeuocnbyo.ru", ce n'est pas "normal" :-D). Le principe de détection s'appuie sur 4 moteurs distincts (dont seulement 2 sont codés à l'heure actuelle) afin d'augmenter le taux de détection sans monter le taux de faux positifs grace à la diversification fonctionnelle[6]. Cette présentation ne m'a malheureusement pas convaincu; d'une part parce que les 4 outils présentés avaient l'air "relativement" simples mais que seulement deux avaient été codés (du coup on se demande un peu s'il n'a pas commencé ses recherches la veille ?), et d'autre part parce que le concept même est potentiellement bancal (l'auteur reconnait lui-même ne pas être capable de détecter des dns type "concaténation de plusieurs vrais mots" comme ceux qui sont utilisés par les tout derniers botnets, et qu'en plus il remonte des faux positifs avec les sous-domaines légitimes mais funkys type "grosrandom.updates.sitelegitime.com"). Bref pour moi l'idée est très intéressante mais c'est un truc à coder en une semaine grand max et dont l'utilité reste conditionnée par la confidentialité des méthodes de notation utilisées[7].

Successes (and limitations) of (static) binary analysis par Halvar Flake : Du lourd ! Un grand monsieur qui nous explique, en anglais, les obstacles qui restent à surmonter dans le domaine de l'analyse statique de code. Les exemples sont clairements expliqués et s'appuient sur de vrais vulnérabilités. Bref la conférence est très bonnes et ça suffit ça tenir éveillé malgré le coup de barre post-social-event :)

Miasm: Framework de reverse engineering par Fabrice Desclaux : J'attendais impatiemment cette conférence et cette fois je n'ai pas été déçu ! Je pèse mes mots en disant que cette conférence était exceptionnelle. L'auteur était à 200% mais restait compréhensible (ce qui n'est vraiment pas simple quand on parle aussi vite) du coup l'audience s'est pris un torrent sans interruption d'informations ultra pointue et de blagues mélangées tout au long de la conférence. Du très très très lourd qui aurait mérité une standing ovation. On a eu droit à la présentation "torchée"[8] de l'architecture du framework python d'ingénierie inverse smiasm composé de miasm, grandalf, et elfesteem. Ensuite on a une présentation du langage intermédiaire utilisé par miasm qui permet de s'abstraire du matériel sous-jacent, et tout au long de la présentation on est accompagné par des exemples de-la-vraie-vie type exécution symbolique[9] identification de gadgets pour ROP, désobfuscation, etc. Vraiment ZE conf de ce SSTIC 2012.

Rétroconception et débogage d'un baseband Qualcomm par Guillaume DELUGRE : Pas de chance pour cet orateur, il passe après Fabrice DESCLAUX. Le rythme est plus posé, mais en comparaison il apparait carrément lent :-/ Le contenu est néanmoins intéressant avec l'activation des canaux de communication série prévue pour débuggage dans une clef 3G qualcomm, l'utilisation de ce canal pour dumper l'ensemble du firmware, puis son analyse par ingénierie inverse. L'impression que j'en garde c'est que le firmware est assez "crado" (pour citer le speaker) et qu'il y a donc potentiellement pas mal de choses à aller regarder par là...

Protéger et défendre le cyberespace militaire : la démarche nationale par le contre-amiral Arnaud COUSTILLIERE : le premier élément qui saute aux yeux ce sont les slides, clairement issus d'un windows 95 ou antérieur. Les couleurs sont criardes, les images déformées, et les schémas semblent tout droit issus des bouquins d'enseignements de la biologie des années 90. M'enfin on va passer outre ^^ Concernant le fond du discours c'est une présentation sur la stratégie de défense informatiquecyber mise en place au niveau étatique. Dommage qu'il n'ai justement parlé que d'organisation de la défense et qu'il ai esquivé les questions offensives lors de la séance de questions[10].

Conclusion : je dirai que ce SSTIC était moyen jusqu'à l'entame de la troisième journée qui a remonté le niveau pour rendre cette édition mémorable. Je rentre de Rennes avec des heures de sommeils de retard, trois grammes dans chaque bras, mais également PLEINS d'idées de nouveaux terrains de jeux à explorer. Et puis si jamais je présente à nouveau au SSTIC un jour j'essaierai de garder à l'esprit qu'une conférence peut avoir un contenu techniquement super mais ne pas décoller du "mouaif" dans le ressenti du public si le speaker n'est pas à 200%.

Notes

[1] et je dit bien "paragraphe", pas "idée"

[2] Celle là c'est quand même ma citation préférée du SSTIC Q:"ça ne vous semble pas à l'opposé de toutes les bonnes pratiques?" R:"Et si on le prouve mathématiquement le code ?!" ...mais oui bien sur :-D

[3] http://www.ozwald.fr/index.php?tag/SSTIC#pnote-36-2

[4] Et j'ai eu l'honneur de lui serrer la main en plus ! Youhouuuuuu !!! Même si pour ça je l'ai intercepté un peu comme un goujat alors qu'il quittait le social event (probablement pour la rue St Michel). Si vous me lisez un jour : désolé :-/

[5] En même temps c'est un peu gonflé de commencer une rump SSTIC par "ça c'est une photo des produits qu'on vend" puis d'enchainer 2mn plus tard par "le code est libre mais on a tout fait pour que vous ne puissiez pas l'utiliser sans nous acheter de prestation de toute façon"

[6] Même si ça reste à prouver sérieusement...

[7] Et encore...on pourrait pousser la mise à mort en s'interrogeant comment son outil va être utile pour les botnets qui utilisent des C&C alternatifs type Skype, Facebook, pastebin, etc.

[8] Mais super bien torchée !

[9] Quote : "là je suis en train de vous expliquer que j'ai recodé qemu"

[10] Parce que répondre "attaquer c'est illégal donc on ne fait pas" c'est au mieux pas crédible du tout et au pire inquiétant à la lumière de Flame/STUXNET/etc.

dimanche, mai 13 2012

Culture automatisée

Ce qu'il y a de bien avec l'état d'esprit du "hack" c'est qu'on peut l'employer dans de nombreux domaines. Et ce qu'il y a de très bien c'est qu'on peut faire des combinaisons de plusieurs domaines ! Par exemple on peut faire un combo programmation/électronique/biologie et obtenir des petites expériences amusantes comme celle que je vais retranscrire ici.

Creative Common by Ozwald from ozwald.fr
L'idée de départ c'est qu'habitant en ville je ne peux planter aucun végétal "naturellement". A la rigueur je dispose de deux rebords de fenêtre pour poser des petits pots ou des jardinières mais c'est quand même super limité. Du coup comment faire pour améliorer autant que possible la pouse de jolies plantes carnivores ? La solution simple c'est d'abandonner la méthode "naturelle" (i.e. : fabriquer une tourbière de quelques mètres carrés avec écoulement d'eau permanent pour recréer des conditions marécageuses) et passer à de l'artificiel.

"Artificiel" ça peut recouper beaucoup de choses et du coup je me suis renseigné. J'ai ainsi découvert et approfondi les méthodes de cultures allant de la simple serre, à la culture aéroponique/ultraponique, en passant par l'hydroponique et l'aquaponique. Toutes ces méthodes semblent intéressantes mais il y a un point que j'ai trouvé systématiquement mal traité : l'éclairage. En effet on comprend vite que les méthodes en ultraponie, en hydroponie, ou en aquaponie, adressent principalement des problématiques d'arrosage; mais le problème de l'éclairage, lui, est souvent traité d'une façon qui m'a laissé sur ma faim. Bien souvent en effet les seuls remarques que l'on peut trouver sur l'éclairage se résument à quelque chose du genre : "une lampe au sodium super puissante, puisque c'est ce qui s'approche le plus de la vrai lumière du soleil et que ça chauffera super bien ta culture en placard où tu pourra planter plein d'herbe de provence[1]"

Ce genre de réponse ne me satisfait pas du tout puisqu'elle vise une problématique qui n'est pas la mienne. En effet ce type de réponse vise le problème de recréer des conditions naturelles dans un espace à l'abri des regards (à savoir un placard -_-); ma problématique à moi c'est de faire pousser des plantes carnivores (et des tomates cerises[2]). Ayant quelques bases en optique je me disais que les plantes n'avaient pas besoin de tout le spectre lumineux du soleil pour bien pousser, et du coup j'ai été faire un petit tour sur wikipédia pour obtenir le spectre d'absorbtion de la chlorophyle :

Spectre d'absorbtion de la chlorophyle - From Wikimedia

En regardant ça je me suis dit qu'il était probablement superflus de vouloir recréer un spectre lumineux continu, et je me suis dit qu'il était certainement énergétiquement plus intéressant de faire un éclairage par LED à des fréquences de couleur bien choisies :) ! J'ai farfouillé sur le net pour savoir si quelqu'un avait déjà fait ce genre d'expérience mais ce ne fut pas très fructueux. J'ai bien trouvé quelques personnes qui disaient qu'il fallait faire pousser sous du rouge, d'autre sous du rouge et du bleue, mais aucune référence sérieuse pour étayer le propos. Devant ce manque d'information pour me guider dans le choix (dois-je prendre des LED bleues ? Rouge ? Un mélange des deux ?) j'ai pris la décision le plus "simple" : faire un test[3].

Le protocole de test est simple : je vais réaliser en même temps 5 cultures de graines issus d'un même lot et semés dans un même terreau. L'une de ces cultures sera laissée à la lumière naturelle, l'une sera plongée dans le noir total, et les trois autres seront respectivement éclairés exclusivement par une diode rouge, bleue, et UV[4].

Pour cette expérience je vais donc utiliser 4 pots en plastique noir. L'un sera directement retourné sur la culture qui ne doit pas avoir de lumière, et les trois autres seront préparés pour éclairer au mieux d'une unique couleur les cultures qu'ils recouvreront. La préparation est simple : j'ai recouvert les bords intérieurs de papier aluminium afin que le maximum de lumière atteigne les plants, j'ai planté une diode sur le fond du pot pour que ses connections soient accessible de "l'extérieur", et j'ai calibré une résistance série pour que chaque diode consomme autant de puissance électrique malgré la différence de chute de tension à leur bornes : Pot opaque vu du dessus. Intérieur d'un pot pour éclairage mono-couleur.

Pour garder les diodes allumées 12h par jour, et éteintes 12h par jour j'avais deux solutions : les allumer moi-même à heure fixe tout les matins et les éteindre tout les soirs; ou opter pour une méthode de feignasse et utiliser un microcontrolleur pour qu'il fasse ça à ma place. Bien évidemment j'ai opté pour la solution micro-controlleur (ce qui m'a permit de m'entrainer à la gestion des timers et des interruptions, ainsi que de constater que si je veux faire une "vrai" horloge un jour il faudra que j'utilise un chip RTC pour compenser la dérive de l'oscillateur interne du micro-controlleur[5]). Si vous êtes curieux vous pouvez aller jeter un oeil au code que j'ai mis en pièce jointe de ce billet, m'enfin il n'est pas très intéressant puisque 70% du code porte sur l'affichage et le réglage de l'heure (affichage réalisé par un afficheur 7 segment, et réglé par un unique bouton permettant d'avancer le temps).

Il ne reste donc plus qu'à mettre le terreau dans un grand bac en plastique, à y semer des lentilles vertes (parce que, de mémoire de classe de CP, ça pousse super facilement et rapidement ces trucs là) et à lancer l'expérience. Voilà donc à quoi ressemble le montage expérimental : Expérience en place.

Après une dizaine de jours les résultats sont surprenants :) !

Pendant la germination nous avons deux cultures qui ont nettement pris la tête : la culture obscure (!!), et la culture rouge. Ces deux cultures étant suivi de prêt par les cultures bleue et UV, elles-même tallonnées par la culture au soleil.

Une fois la germination effectuée et les premières feuilles sorties on assiste à un équilibrage des 5 cultures en termes de longueur de pousse (y compris de l'obscure donc !). La seule culture qui se détache nettement des 4 autres reste néanmoins l'obscure puisqu'au lieu d'avoir de jolis plants verts elle a des plants blanchatre qui ont un peu de mal à tenir vertical.

Si vous voulez plus de détails sur le déroulement précis de la pousse de chaque échantillon vous pouvez télécharger le fichier ZIP joint à cet article, il contient quasiment une photo pour chaque jour d'expérience.

A partir de cette expérience super simpliste les questions ouvertes sont pourtant nombreuses :

  • Pourquoi le pot obscur germe-t-il aussi vite ? Est-ce grace à l'effet "serre" du pot opaque qui augmente l'humidité ?
  • J'ai visé du bleue, du rouge, et de l'UV, qui sont tout les trois normalement assez bien exploités par la chlorophyle; cependant le relatif "match nul" au bout de l'expérience me fait penser que j'aurai pu tenter une culture sous lumière verte pour vérifier si, comme la théorie l'indique, j'aurai obtenu les même résultats que dans l'obscurité (ou pas ?!)
  • Mes cultures sous lumière artificielle ont poussé quasiment à la même vitesse que celle exposée à la lumière du jour; que se passe-t-il si je double la puissance lumineuse artificielle ? Et si je la divise par deux ?
  • J'ai imposé des cycles jours/nuit de 12h/12h à mes cultures sous lumière artificielle. Que se passe-t-il si j'accélère ou si je ralenti ce cycle ?
  • Enfin une question évidente : que se passe-t-il sur une durée de vie plus longue de la plante (là j'ai abandonné l'expérience avant la maturation complète des lentilles faute de parvenir à bricoler des serres opaques assez grandes) ? De même que se passe-t-il sur d'autres plantes (par exemple sur les tomates cerises et les drosera/nepenthes que je vise) ?

Enfin, en guise de conclusion, je constaterait la chose suivante : Chaque LED utilisait environ 54mW de puissance électrique (51.5mW pour le rouge, 54.4mW pour le bleue, et 57.8mW pour l'UV), les pots faisant 7x7cm à la base (mesure intérieure) on est donc sur une consommation de 11W/m² pour l'éclairage, c'est à dire une énergie consommée de 48kWh pour un an d'éclairage. Si on recoupe avec les infos de Wikipédia sur les panneaux solaires (à savoir qu'un m² de panneau solaire a une puissance d'environ 150Watt Crete et qu'en Europe 1Watt Crete permet de produire environ 1kWh/an[6]) on obtient qu'un panneau solaire de 1m² pourrait, sur une année, fournir assez de puissance (150kWh) pour éclairer environ 3m² de culture :) Intéressant, non ?

Notes

[1] J'ai mis "herbe de provence" mais en réalité internet est submergé de conseils pour faire pousser un tout autre type de plante (dont, perso, la méthode de pousse m'intéresse encore moins que celle des herbes de provence).

[2] j'ai été obligé par ma copine

[3] On peut également dire "expérience" pour faire plus scientifique.

[4] Référez-vous à la courbe d'absorbtion de la chlorophyle, vos verrez que le rouge vise un pic important sur la chlorophyle A, la bleue vise un pic important de chlorophyle B, et l'UV tape un plateau correcte pour la A et un peu la B

[5] Sur la durée de l'expérience, à savoir un peu plus de 10 jours, l'horloge de l'Atmega8 avait pris un peu plus d'une heure de décalage.

[6] Avec une forte variance, en gros entre 0.5 et 1.4

jeudi, octobre 29 2009

Capilarité faciale

Hop étant très occupé ces temps-ci je vais me contenter de billets nettement plus court qu'à l'accoutumée, mais au moins ça vous laisse tout le loisir de creuser par vous même si le sujet abordé par l'un d'eux vous interpelle.

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Pour ce premier "mini-billet-parce-que-je-suis-occupé" je vais simplement parler un petit peu d’un site web que j’ai découvert récemment (je ne sais même plus où) et qui porte l’alléchant nom de "La grotte du barbu". Pour résumer c’est un geek (barbu) qui fait des vidéos sur ses bricolages et je trouve que ses vidéos font merveilleusement écho à la définition du hack que je donnais il y a quelques semaines ! Typiquement regardez la vidéo "hacker sa cuisine", c’est dans la pure lignée de l’état d’esprit de mon billet précédant.

Le site souffre néanmoins de quelques travers comme typiquement le ratio "technicité sur durée de la vidéo" que je trouve bien trop faible. Par exemple la vidéo expliquant comment monter un mini robot dure presque 25mn alors qu’il s’agit juste de coller deux piles à deux moteurs via deux boutons inverseurs…

Bref c’est un site distrayant avec un état d’esprit que j’aime bien mais qui requiert hélas beaucoup de temps pour être apprécié et dont le niveau de technicité est très faible. C’est donc plus à voir comme une petite série donnant des idées de bricolage que comme de véritables tutoriels vidéo mais moi j'aime bien. Maintenant que vous êtes prévenus entrez donc à vos risques et périls dans la grotte du barbu !